Quand on monte dans l'avion de Drake, on entre dans un autre monde. Un monde blanc, glaciers, pics, spines. Un univers sonore aussi. Car quand il ne s'extasie pas sur les montagnes et les paysages environnants, Drake nous met dans les oreilles des chansons de Tracy Chapman, rock ou country suave. Et son avion va frotter ses ailes aux plus beaux terrains de jeu pour skieurs qu'on puisse trouver sur terre. Corrugated, Spine Institute, Birthday Bowl, Sitting Bull, toutes ces faces de l'immensité du Glacier Bay National Park dont la beauté fatale s'étend à l'infini. Drake Olson vit à Haines depuis 20 ans. Il pilote des avions et peut les poser à peu près n'importe où. Un personnage qui commente les lieux en longues onomatopées orgasmiques «ooooh, regarde cette beauté, aaaah, laisse moi revenir comme ceci, on va repasser là, ooooh ouiiii regarde ça». Drake ressemble à une caricature de Tom Cruise dans un revival de Top gun 20 ans plus tard : cheveux longs, chemise hawaïenne, débit rapide et enthousiaste. Né dans le Connecticut, il a grandi dans le Colorado, ou il a passé sa licence de pilote. Mais pour ce qui est de voler dans les montagnes, il a tout appris par lui même. Et puis c'est un skieur, c'est ce qui l'a amené ici et à la différence de la plupart des autres pilotes, il sait ce que veulent les spatules. Sa troisième passion, c'est la mécanique : son atelier/garage est un rêve de garçon, avec deux magnifiques avions, capables de se poser sur les glaciers géants, ou sur les fjords de l'océan Pacifique. Après une carrière de coureur automobile, dont deux courses au Mans en 1984 et 1986, il a entamé celle de pilote commercial. Il faisait ça tranquillement, quasi confidentiellement, puis il a été propulsé sur le devant de la scène, dans des aventures incroyables, grâce à la venue du snowboarder de légende Jeremy Jones, qu'il a déposé sur les glaciers à plusieurs reprises pour son film Deeper, en 2009 et 2010. Le plus gros problème de ce Sud-Ouest de l'Alaska, pour Drake, c'est sa météo qui fait qu’on “ne peut jamais compter sur rien». Alors tous ceux qu'il emmène pour une semaine de «camping» doivent avoir un téléphone satellite et assez de vivres pour 2 semaines dans la nature. “Une fois, j’ai emmené un groupe qui a passé 9 jours dans la neige, près de 4 mètres de chutes cumulées, et personne n'a pu skier. Ils étaient contents de voir mon avion venir les chercher... C'est aussi ça, la liberté des montagnes ».