Au CP 5 mile 223, à Bellingham, l’histoire touche à sa fin et celle de Dave Pen a fait son chemin. À son arrivée, un bénévole fait résonner un morceau d’Archive sur son smartphone. « Je ne sais pas ce que les gens attendent de moi à ce moment précis. Ça me gêne un peu. Dans ce genre de course, on est tellement concentré, plus rien de ce que vous êtes en dehors, ailleurs, ne compte. » Au quotidien, la routine relie les deux mondes. Et lors des grosses tournées, Dave s’efforce de courir 2 ou 3 fois par semaine, entre 10 et 25 miles, plutôt vers midi, « car quand on joue, on finit très tard. Mon ingénieur du son, JP qui est un bon coureur nous trouve des coins avec des côtes ou des forêts et télécharge des cartes … Au fur et à mesure de la tournée, les sorties se font plus rares, la fatigue s’installe… Mais de façon générale, le trail m’aide. Plus je cours, plus je respire, mieux j’utilise mes poumons et mon diaphragme pour chanter. » Pendant la Spine, course et chant se sont mêlées dans une playlist éclectique : du Archive, « a capella, à un étranger, au milieu de nulle part, je n’aurais jamais pensé faire ça de ma vie, ça ne me ressemble pas ! » Du Bowie, le titre Modern Love, entendu quelque part au départ, et qui s’est incrusté dans sa tête durant des jours. « Pire que tout, j’ai fredonné du Culture Club ! Et puis il y a eu « Do you realize ? » des Flaming Lips, dont les paroles collaient si parfaitement à ce que nous étions en train de vivre avec James. Ça dit des choses comme : que le temps passe vite, qu’il est dur de faire durer les bonnes choses, que le bonheur te fait pleurer… C’était dément, mystique. » Il s’est parlé à lui-même, vu, entre autres, le diable en chaise roulante dans le sol gelé, les démons toujours là, mais rien d’incontrôlable comme parfois, même s’il faudra d’autres centaines de miles et de peine avant de les chasser « et rien ne dit qu’ils le soient un jour ». Enfin, comme un mirage, la ligne d’arrivée sous le ciel bleu pâle d’Écosse. Après 145 h 44 mn et 46 s, dont 12 de sommeil, l’estomac tapissé de Jelly Babies pour lequel il a développé une absurde addiction, Dave Pen 52 e de la course -45 e chez les hommes- sur 81 finishers*, a touché « the Wall ». Comme un symbole, une symbiose ? The Wall, double album culte des Pink Floyd, ce groupe que le chanteur a vu à 16 ans, son premier concert, billet offert par son père. « Pour moi, ça a tout changé, amorcé des choses. La Spine aussi est sûrement le début de quelque chose, d’autre chose. Il y a tellement de murs à franchir, partout, c’est une bonne métaphore. » À peine en état de marcher, Dave Pen a repris le chemin du studio. Répété une chanson qu’il travaillait bien avant la Spine mais qui est un écho autant qu’un résumé de ce qu’il venait de vivre.
“Don’t tell me it’s over, I can still see the light, when I’m out there in pieces, in the cold lonely night”.