Peu avant l’arrivée en première position du coureur -pas encore question de parler de victoire, dans un PC course en plein effervescence, Jean-Claude Marmier, fondateur du Groupe Militaire de haute montagne (GMHM), éminent membre de l’organisation, propose de faire une enquête, afin de respecter la présomption d’innocence. Mais Catherine Poletti, alors peu rompue aux us et coutumes du sport professionnel, persiste. Au service de presse, la gêne et l’embarras dominent.
« L’arrivée franchie, Kilian avait du mal à déglutir tellement il était en colère » souligne Anne Géry. « Je me suis excusée de la situation. Puis je lui ai demandé s’il pouvait venir à la conférence de presse et que j’aurais tout à fait compris qu’il ne vienne pas. Il m’a répondu, très droit, fier : oui je répondrai à toutes les questions des médias. » Seul mouvement d’humeur du Catalan : alors que Catherine Poletti s’approche de lui, pour le congratuler et le présenter, il se détourne. Puis, il se rend au contrôle anti-dopage, qui, selon Joan Solà, n’en finit pas. Il est ensuite convoqué au PC course -situé à la mairie, par la direction. Nathalie Ecuer, chargée de communication et membre de l’organisation repose le contexte. « Il y avait Catherine et Michel, Poletti, notre responsable PC Course. Ils ont commencé à discuter debout, dans le couloir. Puis ils se sont installés dans l’une des salles pour tenter de retracer les faits. J’ai vu Kilian, ce gamin qui avait l’air doux, gentil, sincère, il ne comprenait pas ce qu’on lui reprochait …. Il disait : « non, j’ai pas triché : regardez, tout est là ! »
S’ensuit une série d’échanges dignes d’un vaudeville :
- Kilian : regardez, il y a une veste.
-L’organisation : Oui, mais la veste est découpée.
- Kilian : Oui mais c’est une veste. »
Et ainsi de suite sur toute la garde-robe.
« Il paraissait perdu, mais honnête dans son raisonnement » reprend Nathalie Ecuer. « J’avais de la peine pour lui, qu’on l’accable sans lui laisser le bénéfice du doute. On avait toujours eu affaire à des cas de triche avérée. Des coureurs qui coupaient entre Courmayeur et Arnuva, sans passer par le refuge Bonatti, ceux qui le faisaient en relais ; la voiture a été pas mal utilisée aussi. Mais, là, on était dans le doute… »
De cette sorte de tribunal express, rien ne ressort clairement.
De fait, le communiqué de presse du samedi 30 août se fait l’écho des doutes : « À seulement 20 ans et pour son premier ultra-trail, le précoce Espagnol Kilian Jornet a franchi en tête la ligne d'arrivée du North Face ® Ultra-Trail Mont-Blanc ® 2008 avec plus d'une heure d'avance sur les prévisions des organisateurs, en bouclant le parcours en 20h56:59. Néanmoins, et pour garantir l'authenticité et l'équité de la course, les résultats officiels vont être reportés à demain, dimanche, suite à de multiples réclamations. L'organisation se donne le temps d'en vérifier l'exactitude. En particulier, Kilian a été officiellement repéré au col des Montets en compagnie d'un accompagnement extérieur, ce qui a fait l'objet d'une pénalité officielle de quinze minutes, effectuée à la Tête aux Vents »
Une chance que l’affaire se soit passée en 2008, où Facebook n’avait que 2 ans d’existence. Si elle s’était déroulée à l’heure des réseaux sociaux version 2021, le discrédit temporaire eût certainement été viral. D’un autre côté, l’UTMB en prend pour son grade.