Sous la tente Blanche qui sert à inscrire les participants au festival, Lia Panoussi, brindille blonde cinquantenaire au regard chaleureux, s’active elle aussi, donnant à chaque grimpeur un pack de bienvenue. Cette consultante en informatique a adhéré dès le début au Manikia Project dont elle est devenue un membre indispensable. « On partait vraiment de zéro, et au début, on passait pour des aliens quand on parlait de ce projet autour de nous. Beaucoup de gens n’y croyaient pas, jusqu’au jour où ils ont commencé à voir arriver de plus en plus de grimpeurs. Tout ça va bien au-delà des falaises, ça fédère des tas de gens. Regardez ces restaurateurs de quatre villages différents qui proposent des stands de nourriture : c’est la première fois qu’ils travaillent ensemble ! » Dopée par ce projet, Lia a décidé de revenir dans son village natal de Konistres, non loin de Manikia, pour y travailler à distance tout en rénovant avec son mari une maison du 19 e siècle pour en faire un gîte. « À peine fini, on avait déjà pas mal de demandes ! » s’enthousiasme-t-elle. Parmi les « revenants », on compte également Petros Louloukos, jeune barbu hirsute passionné de grimpe d’une trentaine d’années, qui a décidé de fermer son magasin de vélo d’Athènes pour revenir cultiver les olives en compagnie de Kostas Argiris. Durant le Roc trip, Petros a monté un stand de vélos électriques pour les gens désireux de se balader dans les nombreux sentiers. « J’aimerais à terme pouvoir proposer ça ici. Je suis sûr qu’il va y avoir un effet d’entrainement, que d’autres jeunes urbains épris de nature seront attirés par ce que nous avons à offrir ! ».
S’il est encore trop tôt pour ressentir l’effet « falaises » sur l’économie locale, les premiers signes sont encourageants. Sur la micro place de Manikia, constituée d’une église et de deux tavernes séparées par un arbre qui sert de rond-point, l’effervescence est inhabituelle, les terrasses pleines. Au bar-restaurant l’Amour, Yannis, le patron de 90 ans a les yeux rougis par la fumée de Slouvakis qu’il grille non-stop au barbecue. Katerine, son épouse a, elle, le sourire scotché aux lèvres. Du haut de ses 70 printemps énergiquement portés, elle n’avait encore jamais vu ça. « J’ai dû embaucher des serveuses en supplément pour les 4 jours du festival et tous ces jeunes qui viennent de partout m’ont dit qu’ils allaient revenir ! » lance-t-elle dans un éclat de rire communicatif. Un de ses meilleurs client, George Lambrou, débonnaire sexagénaire qui arbore fièrement une casquette à l’effigie du Roc trip renchérit, optimiste : « grâce à nos belles falaises, et aux emplois qu’elles vont générer, je suis sûr que Manikia et la région vont faire revenir nos jeunes à nous. Ici, il y a cinq fois moins d’habitants qu’il y a 20 ans, et plus que deux enfants. Vous voyez cette école juste en face ? Elle a dû fermer dans les années 1990. Dans quelques années, elle va peut-être rouvrir ! »