Les Hautes-Alpes restent son terrain de prédilection. Sur sa Récréation, planche de sa création, son seul et unique longboard, il a ridé 400 fois l’Izoard. Pas le plus technique, avec moins de 3 virages sans visibilité, mais assurément l’un des plus graphiques. Pur sur ses trucks qui lui permettent d’écraser les gommes sur l’extérieur et de se faire renvoyer de l’énergie, sans plus jamais de cuir de moto, mais en pull ample, il dévale sans dévorer. « Avant, je mettais 7 mn pour rouler les 9 km, avec des pointes à 100 km/h, soit 65km/h de moyenne environ, maintenant, c’est 10 mn ! » Sous la lune, au soleil, quand il se couche, son heure, et que la gomme, dans la fraîcheur d’alors, adhère mieux à l’asphalte : Alex l’a descendu tant et tant. Et ce qui ravirait Sylvain Prudhomme, peut-être, c’est qu’il a usé de son pouce maintes fois pour remonter en son sommet. Et une fois plus qu’une autre, avec succès. «C’est en octobre, Col de la Bonette, encore. Il est tard, je suis avec un de mes meilleurs potes, et juste après notre premier run, on se fait prendre en auto-stop. On s’en refait une, et en bas, incroyable, un camping-car, d’habitude, on n’en voit jamais à cette-heure-ci ! Il nous reprend. Ce soir-là, c’est la pleine lune. On lui explique ce qu’on fait, et aussi qu’on a pas besoin d’éclairage. Là, le gars éteint ses phares… » Il les croit, parce que lui aussi, comme en plein jour, voit. Petite révélation du soir. Des rencontres, des petits moments, Alex en a, comme les feuilles d’automne du moment, à la pelle.
A entendre son histoire, on se dit qu’il est bon de sortir du bois, de choisir sa direction quoiqu’il en coûte. Alex a bifurqué vers la départementale, celle où il y a tout à voir et peu à gagner, le plus loin plus possible de l’autoroute et ses profits à la Vinci. « Il y a bien eu un moment où quelques-uns se sont mis à pourrir le milieu avec le fric, mais depuis, c’est redevenu ce que c’était : roots, et bien cool. Un longboard, dans une utilisation classique, est par essence inusable. Impossible grâce à lui de pratiquer l’obsolescence programmée… » Mais impossible aussi de se faire de l’argent. Shaper, Alex l’est devenu par besoin (« pas 200 euros à mettre dans un plateau de skate »), et au même instant, par passion. A commencé avec du contreplaqué. « Deux heures de travail avec un moule, facile… Puis, j’ai voulu faire une guitare, mais la concevoir en contreplaqué, c’est une hérésie. Pendant deux ans, j’ai observé comment se travaillait le bois. J’ai rencontré Christophe Capelli, luthier, à la base un métalleux qui fait des guitares pour chevelus. Je rêve d’un atelier comme le sien, ça sent tellement bon, tout ce bois. » Alex finit par accoucher de sa gratte, début 2014. Deux ans plus tard, il quitte son job et crée sa marque. Prend plaisir à sculpter, tailler le bois plutôt que de le presser. De ses petits chefs-d’œuvre, qu’on a presqu’envie d’accrocher plutôt que d’écorcher, il fait juste payer les matériaux et le temps passé. Alex a un job à côté pour manger, il n’est pas là pour marger.