Comment as-tu eu cette idée folle ?
En septembre 2011, cela faisait plusieurs années que je nageais en piscine et mon club organisait une traversée de Paris à la palme. On partait de l’Institut du Monde Arabe, 6 km jusqu’au Pont d’Iéna. Moi qui connais Paris depuis 20 ans, j’ai eu une révélation : je flottais dans une eau assez claire, à 20° avec une visibilité à 3 m, je voyais le fond sur toute la traversée, et je redécouvrais chaque pont, chaque monument, tout m’apparaissait sous un nouvel angle, Et cette sensation d’être bercé, porté par les courants de la Seine… J’ai voulu reproduire ça, et surtout faire découvrir à mon tour ces visions incroyables à d’autres.
Plus précisément c’est comment de nager dans Paris ?
Dans les canaux, il y environ 2 m 50 de profondeur au milieu. C’est relativement trouble, car les eaux ont beau être courantes, elles drainent des alluvions, de la boue. Mais ce n’est pas de la pollution : cette turbidité est liée à la nature des fonds. Depuis trois ans, dans les canaux, il y a une prolifération d’algues qui remontent jusqu’à la surface. Je ne sais pas pourquoi, si c’est bien ou pas… Il y a un spot où l’eau est étonnamment limpide, c’est dans la partie couverte entre Bastille et République. J’y ai nagé deux fois, 2, 5 km sous une voûte magnifique. J’y ai vu des grosses carpes, des anguilles, il y a bien dix mètres de visibilité.
Tu as dû en vivre des aventures en bas de chez toi…
Une de mes anecdotes préférées se passe en janvier. Il fait super froid, il y a 4 cm de glace sur le Canal. Avec quelques amis, on est en face des Magasins Généraux à Pantin. J’ai une batte de baseball pour briser la glace. Mais rien ne bouge. Une copine sort alors une masse et on commence à frapper pour creuser une tranchée de 25 m de long environ sur 1 mètre 50 de large. Hélas une péniche arrive et casse tout ce qu’on est en train de faire. On se retrouve avec d’énormes plaques de glace dérivant dans tous les sens. On tente de les repousser avec tout ce qu’on trouve, mais ces blocs de plusieurs centaines de kilos ont une énorme inertie. A un moment, ces plaques prennent de la vitesse, et tout à coup, la copine se fait emporter dans son élan et tombe à l’eau toute habillée dans de l’eau à 0°. Elle se déshabille, nage 5 mn dans l’eau glacée, après tout, on est là pour ça, elle remet ensuite ses vêtements mouillés. J’ai mal pour elle, mais je sais qu’elle peut rentrer vite se mettre au chaud. Quelques minutes plus tard, pour les mêmes raisons, je tombe à l’eau à mon tour. Sauf que contrairement à elle, j’habite à 8 km à vélo, soit 20 mn et que je dois, une fois la session de nage passée, renfiler mon caleçon, mes chaussettes et une serviette, puis rentrer chez moi. J’arrive chez moi complètement frigorifié. Et là, l’after drop est atroce.