Le soir, à la Bergerie de la Séoube à Campan, entre deux parties de fléchettes et de pétanque, en mangeant la garbure locale, soupe de haricots tarbais, puis en finissant la soirée au coin du feu avec Marvin à la guitare, on rêve un peu. A ce projet de Moby Beer festival qui devrait se tenir en juin prochain, avec des brasseurs artisanaux. Ou à ces ateliers de bricolage, puisque la France vit un revival de la bylette. Ou encore, à racheter cette foutue mobylette, 2 km au compteur, encore sous plastique, repérée chez un vieux paysan de l’Ain, qui ayant compris, devant tant d’insistance, la valeur de son engin qui pourtant lui semblait jusqu’alors ne valoir rien, en réclame désormais 1000 euros, soit deux fois et demi plus que ce que Sly en propose… Au comptoir, le matin, en buvant un dernier petit noir avant de remonter en selle, on apprend qu’ici les brêles se nomment « Pétahunes » et qu’une course, plutôt un tourniquet les réunit parfois à Tarbes. Pas de quoi fouetter un Mobyboy.
La pluie a gorgé les torrents, le vert alentour en devient fluorescent, et Fx s’asphyxie à pédaler comme un furieux. Son souci de réservoir l’oblige à monter dans le camion, tout comme Sly, foutu pour problème de culasse. Les autres s’attaquent bravement, sous un mercure en chute libre, à une légende, le Tourmalet, 17 km qui va ravir les férus de lacets. Les locaux ont prévenu : en haut, il y a encore de la neige. Ils n’ont pas exagéré. A la Mongie, sous le Pic du Midi qui joue les Arlésiennes, le gris de la roche accueille le blanc des névés. Hendrik ne quitte plus ses surchaussures en sacs poubelles, les combis de pluie sont devenues indispensables. Les roues de bécanes, question accroche, on a connu mieux. Le pot d’échappement d’Yvan étant décédé, les cinq survivants enchainent les cols du Soulor et de l'Aubisque. A 16 h 45, on arrive à Bielle, en espérant ne pas en couler une. A l’approche d’Arête, prochain stop, Coco-fesses se fend d’une roue arrière pour fêter la douche chaude à venir.