Qu’est-ce que tu poursuis ? Dans ton travail, tu te poses sans cesse des questions existentielles…
Je n’ai pas le temps de penser en ce moment. Je suis au sommet de la vague, pris dans le tourbillon Zabardast, et puis peut-être, sûrement, une fois que tout ça va retomber, je me vais prendre la vague dans la gueule comme il y a quelques temps lorsque j’étais en déprime. Peut-être que je vais regarder à la télé des gars qui commentent des parties d’échec, et je ne vais plus servir à rien. Là, j’ai trop la tête dans le guidon, je ne fais plus de longs trajets en voiture, où en voyant défiler le paysage, je peux méditer pendant des heures.
Sur ton site, il y a cette playlist triste où tu chantes, entre autres, du Léo Ferré. C’était quoi l’idée ?
C’était il y a deux ans, peut-être j’étais en déprime… Je ne chante pas bien, je ne suis pas un grand guitariste, mais j’avais envie de les enregistrer, pour moi, ces textes sont super importants. Je trouvais aussi que ça allait bien avec la série des singes qui pleurent (une série d’eaux fortes sur bois, deux yeux, une bouche qui disent toute notre solitude éternelle, ndr). En les réécoutant, c’est un peu de la merde, mais c’est le tarif quand t’es pas chanteur et que t’as qu’une prise ou deux pour enregistrer parce que tu as un pote à aller chercher Place d’Italie. Même si elles sont toutes pourries, je les assume. J’aimerais écrire une belle chanson, mais j’ai des références qui me bloquent. Et il faudrait aussi que je sois super malheureux.
Quelles sont tes références cinématographiques ? Dans Zabardast, tu cites Terence Malik.
J’ai adoré la Loi du Marché. Cinéma politique, social, engagé. Une claque dans la gueule. Mais j’ai beaucoup aimé Interstellar, super ambitieux. Tant qu’il y a du cœur et de la puissance, je suis client. J’aime le cinéma, de Gaspard Noé au Soldat Ryan. Quant à La ligne Rouge, pour moi, il y a tout dedans. Malik aurait pu s’arrêter là tellement c’est génial.
Un bouquin qui dernièrement t’as laissé pantois ?
« Le Grand Voyage » et « L’Ecriture ou la vie » de Jorge Semprun, sur l’holocauste. Bouleversant.
Tu penses refaire des retraites un jour ?
Un petit saucisson, une boite de thon et trois gorgées d’eau. Pas de montre, des livres, un scrabble. C’était ça les retraites. Avoir le temps de penser à nouveau. C’est ce que j’ai fait cet été sur mon bateau. J’y ai passé quatre mois, dont deux tout seul. J’ai embrassé la nature et la vie, la liberté d’être en mer. Je n’ai rien écrit, juste lu. Mais surtout, j’ai vécu.