Enfance
Bach et Vivaldi
De ses quatre premières années passées en Norvège, Christophe ne se souvient de rien. Quand il se rappelle de son enfance, elle court pour elle jusqu’à 13 ou 14 ans. Après l’amnésie scandinave, ce furent les souvenirs d’Essonne, Yerres précisément, de 5 à 16 ans. Découverte de Bleau où ses parents ont une maison. « Ca m’a bien plu la grimpe, ça m’amusait.»
A dix ans, c’est la vie sous bulle. « J’ai une conscience aigüe et fine de ce qui m’arrive, parce que ça fait déjà quelques années que j’en bave, que je vais de plus en plus souvent à l’hôpital. L’enfance, c’est la période des greffes, de l’attente de donneurs de moelle compatible. Quand j’allais à la montagne, j’étais toujours un peu malade, j’avais de moins en moins de globules rouges, et quand je marchais, j’étais épuisé. On me faisait de plus en plus de transfusions, je sentais que mon état de santé se dégradait rapidement. Autour de moi, on faisait comme si, il y avait une sorte de non-dit sur le sujet. J’étais une éponge, en cela je ne différais pas des autres enfants. Mais une espèce d’enfant sage. L’enfant parfait qui supportait tout, qui avait des mots pour rassurer ses parents. Je prenais sur moi. A un moment, ça m’a bien fait chier. Ils m’ont menti pour me protéger. Je leur en ai voulu. Il y a eu des effets secondaires, cela m’a empêché de grandir. Je n’ai pas souvenir que l’on m’ait annoncé le nom et la gravité de ma maladie. »
Alors pourquoi Bach et Vivaldi, qui sonne comme l’insouciance d’une enfance ? « Parce que malgré tout, je l’avais cette insouciance ! J’avais du peps, de l’énergie. Envie de beaucoup de choses. J’avais malgré ces non-dits, une famille aimante, joyeuse, optimiste. Admirable. Une chance fabuleuse. »
Tout roule, ronronne, c’est rassurant mais bien rythmé. Pas d’imprévu. « Quand je suis dehors, je m’entends dire : «allez, on y va ! ». Enfant plein d’allant dans un univers qui n’a rien de conventionnel. Et au milieu de tout cela, le conservatoire, 10 ans à jouer du piano et du violon. « Entre l’escalade, la magie qui me passionnait, la musique, j’ai fait énormément de choses. »
Pas de colère ni de revendication. Christophe se sent bien avec les plus vieux que lui. « J’adorais discuter avec des gens de 40 ou 50 ans. J’étais bien trop mature pour mon âge. Ce qui était plus dur, c’était de me détacher de la maladie et de revenir vers des relations simples. Je me sentais très en décalage par rapport aux autres enfants de mon âge, je ne comprenais pas pourquoi tout le monde se prenait le chou avec des détails futiles. J’avais l’impression d’avoir une clarté d’esprit. J’étais déjà content d’être vivant. »