Le moindre effort, gramme, tracas épargnés durant les 42 terrassants premiers kilomètres, de Calenzana au col de Vergio, marathon de 4500 de D+, traversée du Cirque de la Solitude incluse, rééquipé pour l’occasion. La veille, croisé alors qu’il rentrait d’un bref entrainement, le genou écorché, Lambert se confiait sur cette fonction particulière, cette dévotion sans faille, et sur ce qui l’a précédée, dans le restaurant familial « Chez Edgar », en son village natal de Lavatoggio. « Pendant le record de François D’Haene, j’étais blessé, mais pour Guillaume Peretti, mon pote, il y avait bien une cinquantaine de pacers. C’était l’insulaire qui s’attaquait au record, normal ! J’ai commencé à courir il y a une dizaine d’années à 22 ans, pour maigrir, j’avais 30 kilos de plus. Depuis tout petit, je marche beaucoup, je viens d’une famille d’agriculteurs, mon père m’emmenait à la chasse en montagne… Ma première course en 2013, la Furmigola, la course du club de Prunelli, 20 km techniques, je finis 4e ex-aequo. Les mecs m’ont regardé : mais d’où tu sors toi ? Depuis j’ai gagné quelques ultras, celui de la Restonica (le 110 km, le 68 km et le 33 km chacune remportée deux fois et le trail des Bourbons à La Réunion en 2019, ndlr). La première fois que j’ai fait le GR en intégralité, c’était il y a 3 ans, on l’avait fait en 5 jours. La semaine dernière, avec deux potes, on l’a refait en 3, je me suis dit que le record était accessible. Ça fait quelques années que ça me trotte dans la tête, que je m’entraine, l’an passé, j’ai fait 5000 bornes. Les gens aimeraient que ce soit un insulaire qui le reprenne. Le GR, c’est un morceau, un monument, il n’y a rien à jeter, quand tu montes vers les crêtes avec vue sur le Monte Cinto (point culminant de la Corse, 2706 m d’altitude, ndlr), c’est magique ! Mais même si on est moins forts que des gars comme Xavier, car on n’est pas des sportifs professionnels, on a pour nous cette connaissance intime du terrain, pierre par pierre. Les pacers jouent un grand rôle dans le record. L’année prochaine, début juillet, quand j’espère le tenter, je n’aurai qu’à suivre leurs pas, à moins que je n’aille trop vite. Je plaisante ! Juillet, c’est l’idéal, il n’y a plus de neige, les milliers de randonneurs ont nettoyé le sentier en juin, les journées sont longues… On peut tracer. Bien que sur 180 km, on ne fasse que du 6 km/h, mais ça ne veut rien dire avec des dénivelés pareils. Le GR, c’est 80% de marche rapide. On court rarement plus d’un kilomètre d’affilée. Dans le Sud, les parties sont plus roulantes. La clé d’un GR réussi, c’est d’en garder sous le pied pour le Sud.»