Qui sont tes exemples, tes inspirations ?
Dans le ski, mon exemple c’est Candide (Thovex). Depuis le début, il a toujours fait ses propres films, son propre projet et ça paraissait tellement naturel. Tu contrôles tout du début à la fin. Après, si je regarde plus ou moins ce qui se fait je ne suis pas un Henrik Harlaut (champion de freestyle suédois, ndlr) qui connait tous les films et tous les tricks de ski de chaque rider !
Et ça ne t’aurais pas intéressé de collaborer avec des grosses boîtes de prod comme les mastodontes de la discipline, les MSP ou TGR ?
Absolument pas. En tant que skieur j’ai toujours eu envie d’être dans un film mais plus dans du Level One. Le truc c’est que lorsque je suis arrivé à avoir un niveau pour prétendre à en faire partie j’avais déjà tellement fait d’auto-productions ou tu shootes ce que tu veux comme tu veux, que revenir en arrière c’est impossible. Une année, j’ai shooté avec Legs Of Steel, une boîte de production assez punk qui est en fait un collectif d’athlètes assez créatif, et j’ai détesté. On perdait un temps fou à shaper des trucs pendant une journée alors qu’on était au milieu de wind lips naturels qui ne demandaient qu’à être ridées. J’ai fait deux trois trips avec eux mais je me suis dit que je préférais faire les choses seul pour un résultat qui me plait avec un contrôle total. Je voyais des potes qui filmaient toute une saison pour se retrouver avec deux tricks dans le film, avec une musique qu’ils n’aimaient pas. Je me souviens de Mathieu Chair, un pote snowboardeur qui filmait avec Absinthe. Je savais à quel point il était productif et fort mais après avoir filmé toute la saison, il n’avait que quelques minutes d’apparition et même pas ses meilleurs tricks ! Sans parler du côté business où tes sponsors doivent payer pour que tu sois dans le film et derrière ces mêmes marques te demandent de performer sur les réseaux sociaux alors qu’une grosse boîte de prod ne t’amènera aucune visibilité sur les réseaux... J’étais en fait là juste trop tard et avec trop de connaissance de ce milieu-là pour que ça m’intéresse. Un peu comme la différence entre un travailleur indépendant et un salarié, il y a du bon et du mauvais de chaque côté, mais une fois que tu as gouté à la liberté tu ne peux plus t’en passer.
C’est un hymne au « Do It Yourself » ?
Avec tous les outils qu’on a à disposition, c’est incroyable. La plupart de mes vidéos je les fait sans budget, à la démerde. Pour le truc du Poor Man’s selfie Drone, j’ai acheté le truc sur Kickstarter, une sorte de petit avion ou tu mets ta GoPro dedans et tu la jettes. Le mec du Kickstarter avait vu mes vidéos, Centriphone et autres. Il m’a contacté et m’a proposé de m’envoyer un proto sans attendre la fin du Kickstarter et c’est comme ça que ça s’est fait, avec un ou deux rouleaux de scotch. J’ai fait l’édit en cachette pendant le Salomon Mountain Collective où tout le team Salomon met au point les derniers prototypes de la marque. La vidéo s’est retrouvée en première page de Reddit.com où sont les plus grosses tendances virales du moment. Ça a pris une ampleur énorme et Reddit l’a tout de suite retirée pensant que c’était une pub déguisée… Les commentaires étaient super mauvais, en disant que c’était GoPro qui avait payé une boite de com de 20 personnes pour faire ça ! Et je me suis fait critiquer alors que c’était du 100% bricolage. Ça m’a fait réaliser encore davantage qu’aujourd’hui tu peux faire des choses tout seul dans ton coin et faire croire que c’est une pub à gros budget. Et au-delà, ça montre que les gens ont plus d’intérêt pour le côté artisanal que pour la grosse production.
D’un point de vue purement ski, es-tu obsédé par le trick parfait, le jump ultime ?
Non, mais j’ai rapidement compris que le ski n’allait plus que dans une direction : la progression. Et le problème, c’est que la performance en freestyle, on est déjà au bout. En pipe ça fait 4 ans qu’on ne peut plus rien faire de nouveau, et si tu suis la recherche perpétuelle du toujours plus, tu vas dans le mur. Ça ne m’intéresse pas de chercher à faire mieux que des gars qui concentrent 100% de leurs efforts pour faire un saut. Au final, le ski c’est apprendre à faire de nouvelles choses, mais pas que de la cascade. Regarde le film de Candide One of those days, c’est juste des beaux tricks, pas besoin d’avoir quadruple sur quadruple. La plupart des gens quand il voit ça, ils ne voient pas la différence entre un double un triple ou un quad. Quand je regarde les X Games, je n’arrive pas à suivre le nombre de rotations, alors si même moi ça ne m’intéresse plus, je n’imagine même pas ce que pense le grand public. Le ski c’est un moyen d’expression.
Et produire des films de ski pour d’autres, devenir une boîte de production ?
Ça ne m’intéresse pas trop. J’aime bien monter et produire mais je n’arriverais pas à le faire pour d’autre, avec la pression d’un rendu. Ce que j’aime, c’est mettre en avant ma manière de rider avec ma manière de filmer et de monter. Aujourd’hui mon image de rider c’est un pack complet, je suis ce que je montre dans mes édits.