Arrivé très près, Nathan aurait la tentation d’accélérer, de lâcher ce flow, ce rythme construit dans cet édifice fragile et invisible, un corps d’humain sans ailes dans une posture d’oiseau à qui aurait poussé des bras. Garder la mémoire de l’état d’avant, quand tout était bien, lorsqu’étanche au fracas du silence et des souffles, il crevait l’air d’une foulée décidée, déliée, deux pieds-plumes sur un fil. Equilibrer le déséquilibre. Ne pas compromettre, gâcher ce que l’on tient, ce que l’on a tenu, et que l’on espère tenir. Ce creux à traverser, cette surface floue, inconsistante, à conquérir. « Pourtant, il n’y a plus de fluidité. La fin est toujours saccadée, hachée, difficile. Et il faut se forcer à continuer. Les ondulations de la slack reviennent. Clac clac clac. On songe à être très prudent, sans se crisper. C’est dur, je suis très fatigué : le sang afflue, les jambes tremblent, le souffle est court… »
On y est, pourtant.
Nathan s’assoit. Revient soudain dans une troisième dimension, lestée de repères terriens, verticalité des falaises, horizontalité du sol. Rupture heureuse de retrouver la chair après le vide. Heureux d’être passé par tous ces indicibles états, mais état de grâce pour sûr, de les avoir vécus dans un présent d’une intensité folle, d’avoir été cet autre un instant, âme en transit dans un espace-temps différent. « Au début, il y a l’espoir, au milieu, le doute, à la fin la peur. Il a fallu tout dompter. Le sentiment d’accomplissement est absolu, d'avoir été, de bout en bout, dans le doute comme dans le flow, le maître du jeu. Alors oui, il y a un sentiment bref mais fort de toute-puissance. » C’est une année complète de vie concentrée, avec ses hauts et ses bas, mais en chaque occasion, les curseurs poussés à fond. Nulle tiédeur dans ce combat mystique où la croyance n’a de limite que la foi en sa propre endurance. Qui emportera Nathan dans des contrées inexplorées, que nous avons tenté ici, peut-être vainement, de vous expliquer.