Alors, avant de partir, on leur demande leurs noms et prénoms.
Clara et Shelton.
Koekok.
Ce sont les parents de Norman Charlie.
Celui qui est enterré dans le cimetière.
Leur fils.
Shelton le sait et ça le rend si triste : la mer qui lui a pris son enfant finira aussi par lui prendre sa maison.
On serait bien restés là, à ne pas quoi savoir dire, le temps de digérer notre choc, mais on nous dit qu’on a vu un voilier. C’est forcément le nôtre, ici il n’y a que des barques. Comment le joindre ? On nous indique des maisons avec VHF. Nous nous retrouvons dans une cuisine, sous le regard très amusé d’un sympathique habitant, à faire tous les canaux, en insistant sur le 69, comme ça, une intuition. Mais personne ne répond.
On se désespère. Comment les rejoindre ?
Le vénal Dennis revient en pole-position pour nous louer son quad. 40 dollars. Pour faire deux bornes. Négocié. Prix d’ami. Pas le choix.
Nous nous rendons sur zone à mach 2. Mais de là où nous sommes, trop loin du bateau, nous ne faisons que deviner les marins sur le pont. Si seulement l’Oeil de Shismaref avait eu une paire de jumelles à nous louer...
Nous rentrons bredouille.
Puis ça frappe à la porte.
Entrez ! Ici, c’est comme ça qu’on fait. On frappe, on entre.
Ca refrappe.
On râle, on ouvre.
Captain Erwan est sur le seuil, caméra à hauteur d’épaule. Un plan un peu tremblotant, entre J’irais Dormir Chez Vous et Lars Von Trier.
Ce soir, nous serons à bord. Ah, ça, pour sûr, on est mieux accueillis par la mer, Dennis nous paie même son lift en zodiac et oublie notre dette de quad.
Le lendemain matin, un chasseur nous accoste, nous offre du saumon frais que nous rêvons en sushis, nous vend quelques bijoux.