Mais la victoire est amère. Elle est pour elle. « Je gagne, mais je ne suis pas heureux. Je n’ai pas crié, pas chanté, à peine célébré. En sortant de la raquette d’arrivée, j’ai juste tendu un doigt d’honneur vers le ciel. Comme un signe de résilience… Mais aussi d’incompréhension. »
Léo est un mystère qui s’éclaircit. Un coffre-fort dont il vient de nous prêter la clé. Mais voilà qu’il nous dit que ce qui est écrit plus haut, bien qu’évoqué spontanément, il veut le voir s’effacer. « Je préférerais que l’on ne parle pas de tout ça, Estelle, Crohn... ». Alors, on lui promet de faire exception, de laisser mûrir, puis, dans quelques mois, de lui faire relire. Ne pas trahir cette rare confidence, toute cette confiance. Il n’a pas envie d’empathie, d’être perçu par ces seuls prismes de mort et de maladie. Ne pas montrer les blessures quand elles se cicatrisent. Léo veut être, est, ce Chamoniard épris de montagne. Qui voyage de par le monde, Pakistan, Japon, Russie, Groenland, Iran… Rêve de skier le K2, aurait voulu être snowboardeur. Et ose gagner pour lui.
Tout cela se conçoit.
Cela dure plus d'un an. Ne pas oser toucher aux confidences, tourner autour pendant des mois comme si on allait les gâter en les relisant. Puis, cela se fait, enfin.
On lui envoie le papier. En priant pour qu’il dise oui. Ce sera le cas si vous lisez ceci. Pour une fois, lever le voile. Accepter tout ce qui fait que l’on est soi, sans peur d’être jugé.
Léo a sûrement changé en un an. Ses maux devenus des mots ?
Il n’a plus de colère. Juste envie d’avancer. De se sentir vivant. De se concentrer sur l’essentiel : skier la montagne. Malgré les blessures présentes et à venir. La parole enfin expulsée, fort sentiment de revanche sur la vie. Et cette « impression de pouvoir regarder le ciel, garder la tête haute et dire : je suis là. »