Niveau 4. Samuel rhabillé en civil se réchauffe avec un café sans quitter ses chaussures à bascule. Disserte sur ce qui le fait pédaler. « Je ne me considère pas comme un sportif. Je ne pratique ni fitness, ni muscu. Ce que je traque, c’est l’adrénaline, je me recharge à l’énergie du peloton. Comme si c’était un organisme vivant. C’est enivrant. Et puis, même si c’est cliché, rouler à bloc, c’est juvénile. Rajeunissant. »
Lebouc est lancé dans le Fastpack de ses pensées. Il continue, sans s’arrêter.
« Je suis encore moins un fan de vélo, j’aime l’objet vélo, rouler avec. Je chine parfois à l’autre bout du monde pour trouver La pièce. Monter, peaufiner, ça peut durer des mois. Je veux que ce soit des objets totalement personnels. Pour mes deux vélos de route, j’ai tout changé, sauf le cadre. » Dans le parking, nous avons eu droit à un vélo culte : Un Skream/ Doomed, collab’ collector, édition limitée à 11 spades, guidoline chromée pour matcher avec l’ensemble. « Ça tue visuellement, mais ça glisse, je suis obligé de porter des gants pour le grip. »
Violence, intensité. Dans la vie de Samuel Lebouc, vegan par éthique, sobre par nécessité, son foie ayant du mal à encaisser, il semble n’y avoir pas grand-chose de mou, de neutre, de tiède, d’incohérent. « C’est égoïste, cette passion, chronophage et coûteux, mais clairement, je m’en fous. » Le lexique est radical, maso, teinté de la noirceur au-delà de laquelle, côté vestiaire, il ne s’est jamais aventuré. Dans Funeralium, contraction enténébrée de Funérailles et de Valium, où il joue -et crie- depuis 2007, il admet que c’est ce qui le définit, qu’il trouve des parallèles entre ces deux univers, bike et zique, ce même son lourd et gras qui écrase tout sur son passage. Ce côté Hell Rider, rouler la nuit à vélo, à moins de zéro, chevauchées en compagnie de sa horde, sa Doomed Army, bataillon plus que club. Ses 500 vinyles sur lesquels il mettait jadis « toutes ses thunes », engouffrées aujourd’hui dans le vélo. Ses classiques biblio : Cioran, Houellebecq, Palahniuk et les œuvres complètes de la littérature gothique, dark, et de l’Heroïc Fantasy. Tout l’arsenal métal qui selon lui calme les nerfs. « L’hystérie, le déprimant, le glauque, se cramer là-dedans, ça canalise ». Il prise le Funeral Doom, « la musique de crypte la plus sombre du monde » qui, ne réunissant que peu d’adeptes le fait voyager à raison de 2 à 3 concerts par an, d’Allemagne en Hollande, poussant parfois la chansonnette effondriste jusqu’au Danemark. On imagine Lebouc headbanguer en figure de démon, aptonyme s’époumonant.