Karim Braire y est présenté comme un gamin des cités d’Orléans devenu, en autodidacte, un des meilleurs surfeurs au monde, un rider pro défiant des vagues géantes. Par un raccourci étonnant, il devient même ce surfeur qui ne savait pas nager. Pourquoi une telle surexposition cathodique ? Pour la promotion d’un livre « Zarma Sunset » (dont les droits auraient été rachetés par Dany Boon pour une transposition à l’écran), publié chez Michel Lafon. Une belle histoire d’ascension sociale comme on les aime. Cela dit sans aucune ironie, un sport comme le surf restant relativement étanche, pour des raisons économiques et géographiques, aux populations dites défavorisées. Un beau contre-exemple, une exception qui confirme la règle, fait naitre de l’espoir, élargit des horizons faits de béton, vend du rêve, comment ne pas être preneur, avoir envie d’y croire ? Le problème, c’est que ce n’est pas une histoire, mais des histoires. Car personne dans le milieu ne connaît Karim Braire. Ou si, mais pas pour les exploits dont ils se vante. On veut bien croire à son rejet par la communauté surf, le localisme ayant cours sur bien des spots, peu importe sa couleur de peau, le tarif est souvent le même quand on débute sans être du Landerneau… On veut bien croire qu’il en ait bavé ne serait-ce que pour se payer une planche de surf. On veut bien tout entendre, mais pas qu’il soit l’un des meilleurs surfeurs au monde, passé pro par la grâce d’un contrat à 6 chiffres, signé entre 2002 et 2007 chez Quiksilver. Prise comme argent comptant, sur la foi d’une autobiographie que l’éditeur a publiée également sans recherches préalables, par des émissions créditées de millions d’auditeurs et de téléspectateurs, cette nouvelle a atterré le milieu du surf. Moins par la mythomanie du personnage que par le manque de rigueur avec laquelle ces informations, pourtant si aisément vérifiables à l’ère où n’importe quel quidam se voit « googliser », ont été relayées.
Contacté, Miky Picon, responsable des athlètes au sein de l’entreprise australienne, ancien champion de surf qui connaît fort bien le milieu parle d’une « vaste blague : aussi loin que l’on a pu remonter, on a jamais trouvé la moindre trace d’un contrat à son nom ! Il n’a jamais été professionnel, il surfe certes, mais comme des millions d’amateurs ! Alors le présenter comme l’un des meilleurs surfeurs au monde, un chargeur de gros qui surfe des vagues de 20 m, c’est n’importe quoi… Dans tous les sujets sur lui, on ne le voit jamais distinctement, ou ce n’est pas lui, il « emprunte » des vidéos !» Le 26 mai dernier, soit 6 jours après l’émission « Salut les terriens » d’Ardisson, Justine Dupont, waterwoman et spécialiste du surf de gros, s’en amusait d’un tweet : « Un mec qui prend les images d'une femme pour illustrer "ses exploits" c'est une première ! Merci @lesterriens @T_Ardisson @karimbraire771 »
« La presse distille des infos non vérifiées, c’est surtout ça qui est grave » poursuit Miky Picon. « Karim Braire m’a appelé plusieurs fois pour avoir du matériel et de l’argent, mais je n’ai jamais donné suite. Pourquoi toutes ces exagérations ? Son histoire était belle et assez rare sans ça, ce n’était vraiment pas la peine d’en rajouter… » Pour la vendre à un éditeur, et faire le buzz, peut-être ? Finalement, se dit-on, si certains médias sont prêts à tout pour nous servir des contes de fées bidons et faire de l’audience, pourquoi ne pas en profiter ? Dès l’automne prochain, présentons-nous sur tous les plateaux en fuseau avec une paire de skis de 2 m et des googles et clamons que nous sommes le nouveau Bode Miller ! Ca a l’air tellement facile.