ND : Quelle est ta première connexion avec ce milieu ?
JC : Je me souviens quand j’étais petit, on allait à Grand Place, et sur les murs du centre commercial, il y avait onze variations autour du Radeau de la Méduse, crée par la Coopérative des Malassis. Une fresque immense représentant une mer de frites, sur laquelle le radeau de la méduse est un steak. Un premier déclic. Je suis né en 1969, au tout début du mouvement du graffiti et à cette époque, en Europe, il n’y a rien, à part Ernest Pignon Ernest qui fait des collages, et les Malassis. Mais Grenoble est un vrai laboratoire (y est né le premier centre national d’art contemporain en dehors de Paris), un terreau culturel effervescent. Très vite, je rentre dans le milieu des sports de glisse, à 11/ 12 ans, j’ai mes premiers skates. Avec la board culture, il y a la custom culture, en plein essor, avec des magazines comme Chrome & flammes et le Pin stripping, Métal Hurlant et la BD alternative avec les Lauzier, les Brétécher…
Des sortes de cultures-mères qui précèdent le pop surréalisme, le street art et le lowbrow. A cette époque, on trouve ce genre d’illustrations sur les pochettes de disques et sur les t-shirts. Les deux seuls supports qui voyagent et peuvent devenir des références internationales. Je me souviens, à côté de chez moi, il y avait des rallyes à Solex d’étudiants et ce qui m’impressionnait le plus, c’était de voir les sérigraphies complètement barrées avec des rats qui sortaient des poubelles, toute cette iconographie américaine relié aux motorsports, rapidement associée aux sports de glisse. Les premières marques qui font la jonction c’est Von Dutch, Ed « Big Daddy » Roth. Puis, il y a le père du pop surréalisme, Robert Williams, Robert Crumb le pape de la contre-culture et de la BD alternative américaine, Jim Philipps, le designer pionnier de la marque Santa Cruz qui façonne l’image du skate. Ça, c’est la base, qui nous nourrit.
Et puis en 1982/83, le hip-hop débarque…
Et avec le hip-hop, le graffiti. En même temps, déferle une nouvelle vague de skateboards : on passe des skates très fins pour faire du slalom à des boards plus larges pour faire de la rampe puis au street. C’est le boom du skate en Europe et l’explosion des visuels. C’est la première fois qu’il y a un support potentiel à une expression artistique. Tous les 3 mois, il y a des nouveaux arrivages de déco, dans les skateshops. C’est une nourriture visuelle incroyable ! Moi, j’ai cette sensibilité BD et skate, on traine entre skateurs, puis le monoski arrive, suivi du snowboard. Il faut se rappeler ce qu’était le skate au départ : un truc interdit, où on se retrouve dans des terrains vagues avec des mecs qui graffent, qui écoutent tous la même musique. Tous ces riders partagent les mêmes cultures. Avec le recul, ce qu’on retrouve sur les boards, c’est très inspiré par le lowbrow, le street art et le pop surréalisme. Moi je grandis dans ces années-là, dans ce milieu-là, je commence à avoir des sponsors. Mais jamais dans mes rêves les plus fous, je n’aurais imaginé être un jour payé pour faire des virages dans la poudre aux quatre coins du monde !
Si vite ?
Non, avant, vers 15 ans, je commence à avoir des super prix sur les monoskis (à ce moment-là, pendant que les snowboardeurs sans carre losaient sur le bord de piste, on faisait des bosses, de la pente raide, etc), puis des contrats avec des marques de fringues. Comme je le répète souvent : on était au bon endroit au bon moment. A 19 ans je suis objecteur de conscience (le service militaire était toujours d’actualité), puis représentant de fringues de snowboard jusqu’à 23 ans.