C’est unique, cette alchimie ! » En une décennie, Kalymnos – 2700 voies déjà - qui grandit au rythme de 200 nouvelles par an, est rentré dans le top 10 des destinations grimpe dans le monde. Et fait aujourd’hui figure de petit miracle économique au cœur d’une Grèce dévastée par la crise. Ses rochers qui furent vécus comme une malédiction par les habitants sont aujourd’hui vénérés comme des trésors. « De novembre à mars, les grimpeurs assurent notre survie, avec 90% du taux de remplissage de nos hébergements » explique Kalliopi Tsangari, un des piliers du développement du tourisme de l’escalade à Kalymnos. « Nous n’avons que peu de plages, et nous avons subi de plein fouet le déclin du commerce de l’éponge, jadis notre première exportation. Seule une poignée de familles perpétue la pêche et la vente de l’éponge naturelle qui fait partie de nos racines. Et les gens qui travaillent dans le bâtiment, notre autre spécialité locale, sont partis chercher du travail ailleurs. Alors les grimpeurs sont plus que les bienvenus ici ! Même l’été, puisque l’on prévoit d’ouvrir de plus en plus de secteurs à l’ombre pour étaler la saison sur toute l’année ! On en a aussi quelques-uns qui viennent en décembre et janvier, ils ne sont pas frileux». C’est en 1995 que l’île a été découverte par un des meilleurs grimpeurs grecs, Giannis Torelli. Qui encourage des Italiens (Andrea di Bari et Andrea Gallo) à venir sur le site pour l’équiper. En 2000, un premier Festival d’escalade - en présence de l’alpiniste Catherine Destivelle - fait découvrir l’île, de manière assez confidentielle. Mais en 2004, les autorités décident de frapper un grand coup en invitant le gratin de la grimpe. Avec en guest stars, des ouvreurs comme l’alpiniste italien Simone Moro qui possède une maison ici et vient souvent y grimper. Tous les mutants de la planète ont tâté de ses rochers, de Chris Sharma à Alex Honnold. La réputation de Kalymnos grandit : de quelques centaines de grimpeurs, ils sont aujourd’hui environ 10000 par an. Aris Theodoropoulos, qui depuis 2000 écrit les topo-guides, peut se frotter les mains. En Grèce, il est toujours compliqué d’avoir des statistiques qui pourraient donner des idées au fisc, mais Aris veut bien admettre que ses topos ont été fort bien vendus, par milliers. Aux abois, les Kalymniotes ayant le sens du commerce n’ont pas raté le train. C’est le cas de Rita qui a tout de suite fait grand cas de ce nouveau public pas toujours très fortuné mais festif. Comme tous les soirs, sur sa terrasse en hauteur, le poulpe grillé est à l’honneur. C’est la cantine officielle des grimpeurs qu’ils sont 3000 par an à fréquenter. «Je les adore, ils ont sauvé mon commerce. Et c’est le cas pour toutes nos adresses touristiques concentrées sur la côte ouest. Ici nous avons un taux de chômage de 20%, le même que le reste de la Grèce, mais, au moins, il nous reste de l’espoir. » Tous dans l’île ne profitent pas de cette manne. Même à Masouri, dont on ne saura jamais s’il y a un seul s ou deux, épicentre commercial de la grimpe, il y a des boutiques qui ne semblent pas avoir parié sur ce tourisme. Pas de flyer spécial grimpeur, pas de topos, ni de brunchs bio. Dès que l’on explore le reste de l’île, les scooters se font rares. La plupart reste scotchée à Masouri, qui fait visiblement ressortir l’instinct grégaire du grimpeur. « Sans l’escalade, Kalymnos serait une île déserte, morte. Mais l’économie générée par les grimpeurs ne touche directement qu’un millier de personnes (sur 15 000 habitants) et elle n’a pas empêché le départ de 4 000 Kalymniotes en un an » souligne Aris Theodoropoulos. A Pothia, les stigmates de la crise sont bien là : maisons à vendre, banques et boutiques fermées. Et personne ne peut ici compter sur les subventions d’un gouvernement englué dans la crise.