Comment la Nasa qui travaille essentiellement avec des spationautes américains a managé ce projet russo-polono-ricain ?
Pour être honnête, ça a été archi-compliqué. D’autant que Thomas (Pesquet) nous a mis des bâtons dans les genoux. Bon, on gère, on est des skieurs, mais quand même. Ce projet secret venu de nulle part, ça lui faisait de l’ombre ! Dans un premier temps, il n’a pas compris que de parfaits inconnus lui piquent la vedette. Puis, comme il a vu qu’on était pas plus des brutes que des buses, il nous a pris sous son aile. Il a carrément piloté le programme à la suite de Garry Mac Douglas. Par contre, c’est en off, car Tom est très, trop, sollicité par les médias.
Le voyage aller a duré combien de temps ?
Une tannée ! 380 000 bornes tout de même. Et entre parenthèses notre navette, c’était pas le Faucon Millénium, (le vaisseau le plus rapide de la galaxie, pour ceux qui ne connaissent pas Chewbacca). La Nasa nous a refilé un modèle un peu vintage qui brinquebalait pas mal, surtout au moment de l’alunissage. Mais bon, les chocs, on a l’habitude de les encaisser, c’est pas pire qu’un saut de falaise. On a l’habitude aussi de se faire brasser dans des coulées de neige. On a passé 4 jours 24 h et 02 mn, autant dire 5 jours, juste pour l’aller. Pas mieux que ce bon vieux Neil (Amstrong) en 1969 avec Apollo 11. Remarquez, vivre dans les 3 m2 d’une navette spatiale quand on a dormi des années dans les piaules de l’Equipe de France de ski, c’est de la balle. Et puis, on était tranquilles avec Dany : comme il ne parle pas, il consomme très peu d’oxygène.
Comment vous occupiez vos journées ?
Ben, la première semaine, on jouait à la belotte, jusqu’au jour où on s’est aperçus qu’il fallait être quatre. Du coup on s’est mis à vouloir jouer au tarot, mais comme on avait pas les cartes, on les as faites nous-mêmes. Le DIY (Do it Yourself), ça aide à passer le temps dans l’espace, sans aller jusqu’à faire du macramé. Personnellement, j’ai beaucoup dormi, coucher tôt, lever tard, un peu comme sur la terre, quoi. Bon, pas aussi bien quand même parce qu’il a fallu slalomer entre la multitude de déchets provenant des satellites à plusieurs reprises, mais bon, je viens de l’alpin et en plus je suis basejumper ! Autant dire que j’ai de bonnes notions de trajectoire. Les surfaces en mouvement, nous autres, on gère.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les rôles de chacun à bord ?
C’est moi le chef ! Dany et Mateus ne sont que mes lieutenants-colonels. D’ailleurs, ils se sont inventés des passagers clandestins afin de leur donner des ordres tant ils avaient du mal à supporter les miens, du mal à concevoir qu’ils étaient, en quelque sorte, mes sous-fifres. Ca s’est réglé dans la pente, une fois sur la lune.
Y a de la pente sur la lune ? C’est pas tout plat ?
Oui, c’est grave vallonné. Faut même freiner quand on tabasse à 70 km/h. Avec la gravité, on met un coup de bâton et hop, ça part comme une balle. D’ailleurs, c’était une des grosses problématiques, un risque majeur : si on pousse trop, on s’envole, ciao la lune, hello Pluton. On peut se retrouver comme George (Clooney) à mariner indéfiniment dans l’espace comme dans Gravity, sauf qu’à la place de Sandra Bullock c’est un couple de Ricain et de Polak mâles. Moins engageant.