Où l’on découvre comment distinguer une fausse médaille olympique d’une vraie.
Au deuxième sous-sol, Patricia Reymond, c’est un peu la Garry Kasparov du placard à manivelle. Dans son département des Artefacts qu’elle gère depuis 2001, une date, un sport où un nom suffisent à la faire se déplacer à la bonne case. « Il faut savoir regarder un objet, être un peu détective pour retrouver sa trace… s’amuse-t-elle en enfilant des gants, indispensables pour des raisons de conservation. « Récemment, on a fait un test pour s’entrainer à trouver le plus vite possible les objets difficiles d’accès, comme cette volumineuse robe à crinoline de la cérémonie de clôture des JO de Londres 2012.» Retrouvée sans peine. Sur les étagères, un bric-à-brac de statues en bronze, lutteurs, athlètes, alpinistes, cavaliers. Si le musée collecte autant d’œuvres d’art, c’est que cela raconte des choses sur l’évolution des sports. Ici, un tableau d’André Dunoyer de Segonzac, le lanceur de javelot (1930), là des peintures évoquant le foot et rugby de Jean Jacoby, artiste luxembourgeois qui remporta deux fois, en 1924 et 1928, la médaille d’or des compétitions d’art olympique. « Entre 1912 et 1948 » précise Patricia, « il y a eu ces fameux concours d’art où les artistes (sculpteurs, peintres, architectes…) primés recevaient une médaille comme les athlètes. Selon le souhait de Pierre de Coubertin, ils devaient être amateurs, afin de se conformer à la philosophie des jeux. En 1948, la qualité des œuvres n’étant plus au rendez-vous, on s’est plus orienté vers un festival culturel. » Sur un porte-manteau trône la tenue strass froufrous et paillettes du couple de patineurs Gwendal Peizerat et Marina Anisina. Relique kitsch de leur programme Roméo et Juliette, récompensée par l’or à Salt Lake City (2002). Parfois, il y a des demandes surprenantes : ainsi, pour Munich, le film de Spielberg sur la prise d’otages, la costumière a questionné l’équipe sur les écussons des tenues des sportifs, qu’elle voulait reproduire.
Devant l’extravagance du stock, on se dit que peu de choses manquent. Mais le ventre des JO est un gouffre, son appétit semble insatiable. Sa boulimie peut se porter aussi bien sur des raretés comme les casques de gardiens de hockey que sur du matériel de saut à ski féminin. « On recherche aussi tout ce qui revêt une charge émotionnelle : des costumes de patinage artistique, des maillots de natation synchronisée ou de gymnastique, tous ces sports qui reposent sur le jugement. » Et si jamais vous entendez parler du lit pliable de Paris 1924, le fameux « lit olympique » qui permettait d’héberger l’hôte passionné, envoyez-nous un mail, on transmettra à qui de droit.