9 h 40, veille de finale.
La Canadienne Miranda Miller, 29 ans, championne du monde en titre crottée jusqu’aux freins interpelle Kevin. « Hey Kev, can you e-bike me ? » En reconnaissant la piste, Miranda s’est fait peur dès le premier virage relevé, criblé de trous. A ce stade, notez bien, ce n’est plus une piste, c’est un torrent de boue.
Le mécano, avant de s’emmailloter dans un long ciré noir, change rapidement ses pneus pour un profil qui sied plus au mouillé, puis modifie la pression.
Tandis que le Canadien Finnley Iles, 19 ans, double champion du monde junior 2015 et 2016 s’échauffe sur son home-trainer, Kevin se transforme alors en remontée mécanique jusqu’au télésiège le plus proche.
Dix ans que Kevin officie en coupe du monde, d’avril à septembre. Cinq de plus qu’il est mécano. Un métier qui s’apprend sur le tas, sans vraiment de formation officielle. Quand il n’est pas sur les compétitions, Kevin tient un bike-shop à la Roche-Sur-Foron, en Haute-Savoie, dont il est originaire. Ce métier, il l’a dans la peau. Jusque dans ses tripes, éclatées, alors qu’il faisait son test d’entrée en équipe de France junior. Saut de corniche, la selle qui percute son ventre. Rate défoncée, foie explosé, intestin atomisé, sept côtes cassées, double pneumothorax : trois semaines de coma. « J’avais un pronostic vital très engagé. Quand je me suis réveillé, j’ai fait le bilan de ma vie. A l’époque, je suivais des études de paysagiste. Mais j’avais envie d’autre chose… » Le cadre doit changer. Il ridera toujours à fond pour son plaisir, descente, enduro, mais, finie, la compétition. L’adrénaline recherchée, sa touche perso, il la trouvera dans le paddock, à bichonner comme des bijoux les machines des autres. Eux, Elles, lui apportent des émotions extrêmes. Travailler sous la pression, et avoir le résultat, immédiat. Défaite ou victoire, pas d’entre deux. « Mais on perd à deux et on gagne à deux. C’est ça qui est fort. Et quand on gagne, on a le même maillot que le champion du monde ! »