Neufdixieme : vous arrivez en haut de la falaise via des parcours différents, racontez-nous…
Laura Marino : après une carrière de haut niveau « conventionnelle » de plongeon à 10m, en piscine, qui m’a menée aux Jeux Olympiques (Rio, 2016) et à des titres de Championne d’Europe et du Monde notamment, je me suis reconvertie dans un modèle plus freestyle et indépendant du plongeon, que j’essaie de me créer sur mesure, en fonction de mes attentes, besoins et aspirations. Je suis aussi kiné du sport à mes heures perdues.
Charlotte Hertzog : j’ai fait 13 ans de gymnastique en compétition avant d’arrêter pour commencer le plongeon, il y a 3 ans et c’est devenu mon métier : je fais des spectacles de plongeon dans les parcs d’attractions. Petit à petit, j’ai pris goût à la hauteur et j’ai décidé de me spécialiser dans le plongeon de haut vol il y a un an. J’ai également découvert le plongeon de falaise, pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur. Parallèlement, j’ai un Master en STAPS mention entrainement sport et santé, et je suis pompier volontaire.
Dans le détail, comment devient-on plongeuse de falaise?
LM : après dix ans d’ultra-rigueur, d’optimisation et de pression, dans un univers ultra-confiné – amusant choix de mot au vu la période – j’étais à bout de force, fatiguée de ce quotidien si cadré, sans aucun espace pour rêver, s’évader, se régénérer. Être moi-même en quelques sorte. J’ai poussé jusqu’à ne plus en dormir la nuit. Puis, un matin, j’ai décidé que c’en était terminé, que mon chemin se tracerait ailleurs. J’ai mis un peu de temps à faire la transition, 18 mois, car j’avais peur d’assumer qui j’étais vraiment, je n’étais pas sûre d’aller dans la bonne direction. Mais à force de tâtonner, je sais que je suis sur la bonne voie aujourd’hui, car c’est la mienne. Voler dans les airs, en pleine nature, guidée par les éléments comme je le fais, me procure une sensation de liberté que je n’ai jamais connue, me donne des ailes... Désormais mes mots clés sont liberté, voyage, découverte, dépassement de soi, partage.
CH : À 23 ans, quand j’ai arrêté la gymnastique à cause de douleurs régulières, j’ai décidé de me tourner vers le plongeon. Je pensais que c’était moins traumatisant que la gymnastique, car l’arrivée dans l’eau était plus douce qu’une arrivée au sol ou sur la poutre, ce qui n’est pas tout à fait vrai ! Au début, je pratiquais les bases sur les tremplins de 1 m et 3 m. J’ai également découvert l’existence des spectacles de plongeon. Je me suis alors entrainée durement pendant 3 mois pour espérer intégrer une compagnie pour faire des spectacles de plongeons.
Mais bien sûr, j’ai vite compris que mon niveau n’était pas du tout à la hauteur des autres plongeurs, qui eux plongeaient depuis leur enfance. Je me suis alors entrainée encore plus dur pour pouvoir assurer un spectacle sans paraitre trop ridicule. Quand j’ai commencé les spectacles, je n’osais même pas aller à 8 mètres (plateforme la plus basse en spectacle), être à cette hauteur me terrifiait, et impossible pour moi de sauter (je ne parle même pas de plonger). Je suis restée coincée deux heures sur la plateforme avant de finalement faire un saut droit. Et pourtant 1 an après, j’ai fait mon premier plongeon de 20 mètres. J’ai fait bien plus que ce qu’il m’était demandé, car j’ai besoin de me prouver que je suis capable de réaliser des choses, de surmonter mes peurs. J’ai encore plus aimé le haut vol quand j’ai découvert le plongeon de falaise, cette pratique en cohésion avec la nature. Partir à la découverte de nouveaux endroits pour plonger, sachant que chaque endroit est un nouveau défi.