TU ES UN SLACKLIFER PLUTÔT QU’UN SLACKLINER. TU PEUX NOUS EXPLIQUER LA DISTINCTION ?
La slack, c’est une démarche spirituelle, une religion. Ca ne m’a pas seulement fait sortir du lot, ça a fait de moi une meilleure personne. Sur cette ligne, j’étais, je suis capable de produire des mouvements uniques, de réfléchir au sens de mon existence. Là, je suis content de voir des mutants, et quand je vois le niveau des gars en jumpline et en highline, ce serait impossible de dominer autant que je l’ai fait par le passé. La slackline s’est segmentée. On a des spécialistes de jumpline et de highline, et rares sont ceux qui font les deux, il y en même qui ne se connaissent pas, que ça n’intéresse pas. Mais il ne faudrait pas que la slack devienne seulement un sport avec des cloisons étanches où il faut juste sauter plus haut ou marcher plus longtemps que les autres. Il faut que tout reste ouvert sur la ligne, que l’état d’esprit perdure. Toujours repousser les limites, établir une nouvelle donne, réfléchir à ce que l’on fait, pourquoi on le fait.
A PROPOS D’OUVERTURE D’ESPRIT, TU N’ES PAS VRAIMENT RACCORD AVEC LA MAJORITÉ DE TES CONCITOYENS, VISIBLEMENT !
Chez moi, dans l’Utah, mais c’est un peu partout pareil aux Etats-Unis, il y a vraiment trop d’idiots, trop de règles et des tas de chochottes pour les suivre comme des moutons. Là-bas, ils ont peur de moi ! Ils se demandent juste comment je suis encore en vie, c’est tout ce qui les intéresse. Tout ce qui compte, c’est d’être bankable, rentable. Mais ce sont les personnes qui te disent ça qui ne mettent pas en valeur le savoir-faire, les talents particuliers. Il n’y a pas de liberté, tout tourne autour de l’argent, et je n’ai pas l’intention de vendre mon âme. Du mariage gay en passant par le port d’arme ou la drogue, tout est timide, plus personne ne veut franchir les limites, se rebeller contre l’autorité que ce soit de la police ou de n’importe quelle institution. Les parents ne veulent même pas que leurs enfants se râpent les genoux ! Ils vont devenir quoi ? C’est un énorme retour en arrière, il n’y a plus d’originalité, plus de créativité. Le risque, ce n’est pas mauvais. Tu peux être le conducteur le plus raisonnable de la planète et te crasher avec ta putain de bagnole quand même. Nos sociétés « modernes » sont devenues un show pathétique, avec des gens qui ont peur de tout, d’être malades alors qu’ils passent leur temps à s’empiffrer de saloperies toxiques dans leur canapé, ils préfèrent prendre des pilules plutôt que de vivre. C’est presque devenu trop facile de vivre. Le confort tue ! La société actuelle bride nos corps et nos esprits et te fait croire en prime à l’immortalité.
EN JUILLET DERNIER D’AILLEURS, TU LARGUAIS UN POST TRÈS ENERVÉ SUR TA PAGE FACEBOOK À PROPOS DE LA MORT DE TON AMI DEAN POTTER (LE GRIMPEUR ET BASEJUMPER AMÉRICAIN S’EST TUÉ LE 16 MAI 2015 LORS D’UN SAUT EN WINGSUIT DANS LE YOSEMITE).
Oui, je me demandais si c’était possible dans nos sociétés occidentales de mourir d’une façon honorable, une mort qui ait un sens. La mort est toujours considérée comme une tragédie. Pour moi, la mort n’est pas l’opposé de la vie. C’est l’opposé de la naissance. Ce sont les seules garanties intangibles. On naît et on meurt, tous. Mais vivre sa vie à fond, c’est un luxe et peu en profitent, et donc ça reste une énigme pour la plupart des gens. C’est surtout un choix profondément intime et indiscutable. Vivre sa propre vie comme on l’a décidé est quelque chose qui vaut la peine de mourir.